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  <Naslov>Slovenski narod</Naslov>
  <Podnaslov>plurale tantum : diskurzi</Podnaslov>
  <TujJezik_Naslov>La nation slovène</TujJezik_Naslov>
  <TujJezik_Podnaslov>plurale tantum : les discours</TujJezik_Podnaslov>
  <Opis>Ideja svobode ima osrednje, sveto, sakralno mesto v vseh sloven­skih nacionalnih diskurzih. Takšno visoko, slovesno dejstvo sicer ni slovenska nacionalna posebnost, ni posebnost slovenskega na­cionalnega diskurza. Sta pa slovenski spominski diskurz in slo­venski nacionalni diskurz kar najtesneje povezana, kar najgosteje sta prepletena, in tako skozi ves svoj čas nastajanja in svojega po­stoja vse do danes, in druži ju, med drugim, prav ideja svobode, naj tudi to spoznanje izdamo vnaprej. Naj se posvetimo sloven­skemu nacionalnemu diskurzu, naj si ogledamo njegovo genealo­gijo, naj skušamo protokolirati stoletno razpravo ob vprašanju, kaj je slovenski narod.
Kaj je torej slovenski narod? Katere so njegove idejne narativ­ne prvine? Kje so njegovi izvori, kakšen je njegov razvoj? Ali rečeno drugače, kakšna je genealogija slovenskega nacionalnega diskurza? Kakšna je njegova resnica?</Opis>
  <TujJezik_Opis>Qu’est-ce que la nation slovène ? Quels en sont les éléments discursifs ? Qu’en est-il des origines et de l’évolution de ces éléments ? Autrement dit, quelle est la généalogie du discours national slovène ? Quelle est sa vérité ? « Le discours », écrit Michel Foucault, « n’est guère plus que le miroitement d’une vérité en train de naître à ses propres yeux. » C’est précisément à cette question portant sur la vérité des discours nationaux slovènes que répond cet ouvrage.
Les réflexions de Foucault sur le discours en constituent donc le premier point de départ. Le deuxième part de la pensée de Hannah Arendt sur la violence comme une des constantes fondamentales de l’existence humaine. « Le fait est que », estimait Hannah Arendt, « dans certaines conditions, la violence – agir de façon imprévisible sans argument ni discours – est le seul moyen de rétablir l’équilibre de la justice. » À cette réflexion précieuse, aussi effroyable que lucide, il nous faut ajouter que, dans certaines conditions, ou plutôt dans des conditions indéfinies voire indéfinissables, la violence est toujours un moyen de renverser l’équilibre de la justice.
Et comme troisième point de départ de l’ouvrage, il y a l’idée d’Ernest Renan selon laquelle la nation est toujours le fruit de l’esprit. « Une nation est une âme, un principe spirituel », écrivait Renan. Avant de poursuivre ainsi : « Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel : l’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenir ; l’autre est le consentement mutuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. »
Benedict Anderson reprendra beaucoup plus tard cette idée de façon implicite, dans sa thèse sur la nation comme communauté imaginée, laquelle est, selon lui, unie par une camaraderie profonde et étroite, voire une fraternité : « C’est bien cette fraternité qui a fait que, au cours des deux derniers siècles, tant de personnes ont été disposées à tuer et, qui plus est, qui plus est, à mourir au nom de ces représentations limitées. » Les propos d’Anderson sont tout à fait louables, encore faut-il ajouter que les représentations portant sur la nation ne sont pas strictement limitées. Bien au contraire, les représentations de la nation sont sans limites, ce sont des idées singulières ou, encore mieux, ce sont des jeux discursifs sans limites, tout à fait illimités, pour le meilleur et pour le pire.
La nation comme fruit de l’esprit, prisonnière du discours et prise dans l’étau de la violence du pouvoir, tels sont les trois repères épistémologiques au fondement des réflexions et discussions sur la nation slovène, proposés dans cet ouvrage. Les discussions concernent le phénomène général de l’établissement d’une nation en tant que discours sur la nation, que l’on pourrait résumer de la façon suivante : lorsqu’on parle de la nation, on parle en réalité de discours sur la nation. Et lorsqu’on parle de discours sur la nation, on parle de violence, c’est-à-dire de lutte pour s’emparer du pouvoir. Il s’agit d’une lutte à deux fronts : en premier lieu, une lutte pour s’emparer du pouvoir sur la nation, quel que soit le sens qu’on donnera à ce concept discursif, et en second lieu, une lutte pour s’emparer du pouvoir sur le discours sur la nation. Et lorsqu’on parle de nation, de discours et de lutte pour s’emparer du pouvoir, notre réflexion ne peut honnêtement pas échapper à la réalité que la violence est toujours présente dans les pensées, les paroles et les actes, ce qui n’est ni bestial ni irrationnel, comme le soulignait Hannah Arendt, mais profondément humain.
C’est donc dans ce contexte que s’est également construit le discours sur la nation slovène, le discours national slovène, ou plus précisément, que se sont construits les discours nationaux slovènes.
Il existe cinq discours nationaux slovènes dont les premières manifestations remontent au 18e siècle, quatre d’entre eux s’étant pleinement exprimé dans les années 1930, le dernier ayant été formulé à la fin des années 1980. À l’origine, il y a un petit ouvrage du critique dramatique et littéraire, Josip Vidmar, intitulé Kulturni problem slovenstva (Le problème culturel de la slovénité) datant de 1932, dans lequel il définissait tout à fait dans l’état d’esprit de Renan, la nation slovène en tant que phénomène culturel, en tant que communauté culturelle. « Nous les Slovènes », estimait Vidmar, « sommes une nation dans laquelle s’est forgée et vit une structure spirituelle particulière et unique, qui est la condition et la source de sa vie culturelle unique, et qui nous donne le droit et le devoir de construire notre propre culture. Nous construirons sur notre propre sol une nouvelle Athènes ou une nouvelle Florence. » Ce discours sur la nation que Vidmar a initié avec ce livret, nous le nommerons discours culturel national slovène.
En réponse immédiate aux considérations de Vidmar sur la nation, s’ensuivit une série de controverses de la part d’un communiste slovène préalablement staliniste, Edvard Kardelj, qui s’opposait fermement au discours culturel de Vidmar, le qualifiant d’« irrationnel », de « métaphysique », de « figé ». Dans le même temps, Kardelj se mit à élaborer une conception communiste de la nation slovène, élaborant de fait le discours national communiste slovène. Il résume sa façon de penser dans un ouvrage intitulé Razvoj slovenskega nacionalnega vprašanja (L’évolution de la question nationale slovène), publié en 1939. La nation slovène y est envisagée selon une conception stalinienne qui s’inscrit dans la révolution communiste : les communistes slovènes ne reconnaissaient les Slovènes comme nation que dans la mesure où ils avaient ou auraient pris part à la révolution, sans quoi rien ne justifiait leur droit à se constituer comme nation. Il s’agissait d’une clause nationale communiste que l’un des premiers stalinistes slovènes, Dragotin Gustinčič, formula dans son œuvre intitulée Nacionalni problem pri Slovencih (Le problème national des Slovènes), publiée en 1932. De ce fait, nous l’appellerons désormais la clause nationale de Gustinčič.
C’est dans les années mille neuf cent trente, sous l’influence de la menace que représentaient alors les idéologies considérées comme impies, à savoir le rationalisme, l’individualisme et le marxisme, que s’est forgé un nouveau discours sur la nation slovène, à savoir le discours national catholique slovène. Celui-ci a pris sa forme définitive lors du IIe Congrès eucharistique yougoslave, qui s’est tenu en 1935 à Ljubljana, ainsi qu’au Congrès du Christ-Roi de Ljubljana quatre ans plus tard, en 1939. Le discours national catholique slovène était imprégné de la théologie du premier concile du Vatican qui peut se résumer par ces mots : « Loin du monde impie ! » Ainsi le discours national catholique slovène disposait-il lui aussi d’une clause nationale selon laquelle, soit la nation slovène était catholique, soit elle n’était pas une nation.
Le quatrième discours national slovène qui s’est forgé à la même époque, sera qualifié de discours personnaliste. Il s’est forgé au sein de la revue des intellectuels catholiques de la jeune génération, la revue Dejanje (Action), publiée entre 1938 et 1941. Ses fondateurs les plus engagés et les plus connus n’étaient autre que le poète Edvard Kocbek et l’historien Bogo Grafenauer. Dans ses réflexions, le premier s’est référé au personnalisme, à la pensée philosophique, théologique et politique telle que l’envisageait le philosophe Emmanuel Mounier. Au cœur des réflexions de Kocbek sur la nation, se trouvait l’individu slovène, la personne, pour laquelle il revendiquait la souveraineté : « Nous voulons la souveraineté de l’individu slovène, pour qui la liberté intérieure sera la condition de sa liberté extérieure et la liberté extérieure le prix de sa liberté intérieure. Lorsque ses membres sont souverains, la nation elle-même est tôt ou tard souveraine. Et bien qu’accablée par de grandes violences, jamais elles ne l’affaibliront ni ne l’anéantiront. » Et Bogo Grafenauer fut le premier à offrir une définition complète et articulée de la nation, en s’inspirant de Renan et de l’idée qu’il se faisait de la nation comme fruit de l’esprit. La nation, écrivait Grafenauer, c’est tout d’abord notre conscience de nousmêmes, c’est ensuite notre volonté d’être nous-mêmes et c’est enfin notre sacrifice pour nous-mêmes. Et tout cela émane de la force intérieure aussi bien de la nation que de chaque individu qui la compose. En chaque nation, écrivait-il, existe une force intérieure unique et naturelle, issue des épreuves qu’elle a traversées et de son évolution historique, qui lui confère son empreinte spirituelle. Les considérations historiques ont conforté Grafenauer dans sa conviction que les Slovènes constituent une nation.
L’héritage historique de la nation slovène et la souveraineté de l’individu slovène, tels étaient les deux axes du discours national personnaliste slovène. À ceux-ci s’ajoutait un autre axe idéologique ou politique : la conviction que la nation slovène ne peut vivre que dans une démocratie.
Mais l’époque ne se prêtait pas à une telle vision qui met au centre l’individu souverain et l’ordre constitutionnel démocratique. Les années 1930 et la décennie suivante furent marquées par les totalitarismes qui se sont affrontés de manière effroyable lors de la Seconde Guerre mondiale. Les Slovènes, pour qui la guerre fut jusqu’alors la plus grande épreuve, y ont également pris part. En effet, au cœur même de la Seconde Guerre mondiale, une guerre civile slovène a éclaté. Quatre discours nationaux slovènes, à savoir culturel, communiste, catholique et personnaliste, s’y sont affrontés. Cette guerre civile slovène n’était pas en premier lieu une confrontation des différents concepts politiques ou constitutionnels, ni une simple lutte pour s’emparer du pouvoir. Cette guerre civile slovène était en premier lieu une confrontation des discours nationaux slovènes. Et ce fut une guerre pour s’emparer du pouvoir sur le concept de nation slovène. Dans cette guerre, le discours national communiste a remporté une victoire autoritaire et performative qui a ensuite imprégné pendant près d’un demi-siècle la conception de ce qu’est la nation slovène, l’interprétation de l’histoire nationale slovène et la conception du présent et de l’avenir national slovène.
La désagrégation du discours communiste national a commencé au milieu des années soixante-dix, cinquante ans après la victoire performative de la révolution communiste et en même temps que l’ordre constitutionnel communiste yougoslave présentait des signes de décomposition de plus en plus évidents. Alors a-t-on recommencé à imaginer la nation slovène. L’impulsion est venue du discours personnaliste qui s’est révélé être un héritage intellectuel précieux, une source d’inspiration jusqu’alors inégalée. Par ailleurs, les années quatre-vingt ont été marquées par une effervescence et un dynamisme débordant dans tous les domaines, qu’il s’agisse de la culture officielle et de la sous-culture, des mouvements et partis politiques naissants, et aussi des initiatives et des engagements de la société civile. Cette effervescence s’exprimait de façon variée et diversifiée, vivante et vibrante, de laquelle on réclamait d’une même voix trois choses : la liberté, la vérité et la justice, les trois valeurs sacrées de tous les discours nationaux slovènes. Cette triple exigence a été finalement formulée dans la Déclaration de Mai, lue devant une foule de dix mille âmes, le 8 mai 1989. Cette déclaration peut être considérée comme l’acte de naissance du discours national slovène contemporain. Puisqu’il fut prononcé au mois de mai, nous l’appellerons le discours national slovène de Mai. Au cœur de celui-ci, il y a l’individu, l’individu souverain, l’individu souverain slovène, dont les principes fondamentaux sont la conscience que, tout d’abord, l’individu n&#039;en est vraiment un qu’avec les autres, ensuite, qu’il veut être avec les siens, et enfin, qu’il [souhaite] faire, afin d’être et de rester ce qu’il est, c’est-à-dire un individu, tout ce qui est possible pour un individu souverain de bonne volonté. Et l’individu souverain souhaite disposer de son propre État national souverain doté d’un régime constitutionnel démocratique.
C’est sur cette conception de Mai de la nation slovène, sur ce discours national slovène de Mai, que repose aujourd’hui la Constitution slovène et que vit, au sein de celle-ci, la communauté politique ou nationale slovène. La conception de Mai de la nation slovène est le mât auquel sont attachés tous les autres discours nationaux slovènes, pour éviter que les sirènes ou les passions humaines les plus viles ou les plus nobles ne les précipitent dans la violence. Rappelons encore que, lorsqu’on parle de nation, on parle de discours sur la nation, et lorsqu’on parle de discours sur la nation, on parle de violence, c’est-à-dire de lutte pour s’emparer du pouvoir.
Dans la Déclaration de mai, l’idée de « nation slovène » relève d’un plurale tantum. Il abrite le discours slovène national culturel, personnaliste, communiste et catholique. En même temps, il renferme de nombreux autres discours nationaux slovènes qui sont encore en passe d’émerger, ou qui sont déjà advenus, mais qui demeurent ou éphémères, ou trop discrets, ou trop silencieusement exprimés en marge de leur époque. Avec ce discours national slovène de Mai et le concept de nation slovène qu’il a rétabli, toutes les clauses nationales considérées comme dépassées sur le plan civilisationnel et insoutenables sur le plan politique ou constitutionnel, ont été rejetées.
En même temps, le discours reprend les trois valeurs sacrées de tous les discours nationaux slovènes, c’est-à-dire la vérité, la justice et la liberté. La valeur la plus haute de tous les discours slovènes étant toutefois la langue slovène. Elle est la première et la plus chère, toutes les autres en découlent et y reviennent, elles y naissent et s’y parachèvent, ou bien elles y trouvent leur fin si la parole se pervertit et que les valeurs sacrées sont ainsi profanées. Ce qui advient dès lors que nous renonçons à la mémoire de la vérité, une fois que nous renonçons à l’amour de la vérité.
Et quand bien même tout commencerait par les mots, le mot n’est pas au commencement. Au commencement, il y a la pensée. Et la pensée est un mystère. La genèse de la pensée est un grand mystère, et la mémoire joue un rôle considérable dans ce grand mystère. De la mémoire, par exemple, naît la pensée, que l’on peut conserver dans le cœur ou sous la peau, la pensée qui mène aux mots et guide nos actes, la pensée suivante : « Nous, les Slovènes ». La genèse de la pensée est un grand mystère. Le mystère, soyons tout à fait honnêtes, réside également dans l’idée-même de nation. La nation est toutefois le fruit de l’esprit, comme l’estimait Renan, et le fruit de l’esprit est toujours un mystère.
Qu’est-ce que la nation slovène ? La nation slovène est cette expression sous-cutanée « Nous, les Slovènes » en moi, la vérité, la justice, la liberté. La nation slovène est le mystère de la parole slovène.</TujJezik_Opis>
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